CTA du 15 octobre 2020 : déclaration liminaire

Madame la rectrice,

Depuis votre arrivée à la tête de notre académie de Caen, devenue partie de l’académie de Normandie, le dialogue social s’est généralement réduit à la gestion de crise. Celle de la fusion, qui se caractérisait par des manifestations récurrentes des personnels des rectorats, et qui a justifié votre arrivée. Puis celle de la Covid-19 qui a largement impacté tous les aspects de notre vie, professionnelle et personnelle.

Cependant, après un an et demi de dialogue social en mode dégradé, il est temps de surmonter ces aléas et de s’attaquer aux problèmes de fond. Il est nécessaire de revenir à un dialogue social qui ne soit pas seulement une écoute des alertes urgentes, mais la construction partagée, avec les personnels, de réponses aux évolutions de nos métiers et des attentes de la société à notre égard.

Le défi est de taille car la fusion des deux académies de Caen et de Rouen est loin d’être finalisée ! 

Comme prévu, si l’on voit bien les problèmes posés par ce processus imposé de Paris, les avantages sont minces. « Mais monsieur, il vous suffit de consulter l’ordre du jour de ce CTA pour trouver au moins un avantage ! », allez-vous nous rétorquer ! Certes, on nous promet un alignement par le haut des primes des personnels ATSS des services déconcentrés, qui semble conséquent. Un « conséquent » à vérifier toutefois au regard du CIA qui sera versé cette année. Pourtant, il ne faut pas confondre les choses. Nous pouvions craindre un alignement des primes par le bas, une mise en cohérence par la moyenne des deux côtés de la Seine. Cette crainte se révèle infondée, mais le travail sur ce dossier a surtout permis de constater qu’en fait les services normands, à Caen comme à Rouen, étaient loin d’être aussi bien rétribués que dans d’autres académies. Il s’agit, somme toute, d’un rattrapage dans la plupart des cas.

Par contre les effets négatifs nés de la fusion sont bien visibles : la désorganisation des services est la plus évidente. Les retards sur les dossiers sont chroniques : il suffit de voir le non-respect devenu systématique des délais pour le CTA ou d’autres instances. Obtenir une réponse à une lettre ou une date pour une audience, tout cela est devenu problématique. Par exemple le « on se voit très vite » promis lors du CTA de juillet sur le dossier MLDS aboutit, après plusieurs relances, à une audience le 13 novembre prochain. Les annuaires des deux académies restent distincts, et il est toujours impossible à un personnel du périmètre de Caen d’accéder à celui de Rouen. Les adresses fonctionnelles restent souvent en @ac-caen. Le groupe de travail sur le télétravail a lieu plusieurs mois après que la circulaire rectorale soit publiée, et surtout après que les décisions de refus soient déjà données. Il ne s’agit pas de mettre en cause les personnels eux-mêmes, qui souvent il y a deux ans pouvaient parfaitement respecter les délais ou répondre. Il s’agit bien plutôt de dire que le travail sur deux sites, l’allongement des distances et des temps de déplacement, la solution de continuité due aux très nombreux changements de têtes décidés par vous, Madame la rectrice, tout cela a mis fin à un fonctionnement plutôt efficace sans le remplacer par un autre qui donnerait satisfaction.

Mais bon, la CFDT est réputée pour sa naïveté et son optimisme béat ; nous allons donc partir du principe que les choses vont s’améliorer et que vous, Madame la rectrice, que vos collaborateurs et que vos services vont enfin pouvoir s’attaquer à des dossiers à la fois de fond et qui sont devenus urgents.

La rupture conventionnelle d’abord. 

Elle commence enfin à donner lieu à des entretiens avec les personnels. Cependant, il est impossible d’avoir des informations sur la procédure qui est envisagée. Quel calendrier ? Quelle enveloppe ? Quels critères pour départager ? Si les organisations syndicales sont intégrées dans les textes ministériels, nous n’avons pas été destinataires de la note de cadrage rectorale. Les collègues sont dans l’incertitude, et leurs interlocuteurs au rectorat sont mis en porte-à-faux quand ils ne peuvent pas répondre. Nous sommes en octobre : rappelons que le rupture conventionnelle est possible dans la fonction publique depuis le 1er janvier dernier. En théorie !

Le confinement a été pour beaucoup un moment de prise de conscience, un moment clé dans un questionnement sur son mode de vie. Le gouvernement l’a bien compris et dès le déconfinement, il a mis en œuvre des encouragements à utiliser le vélo ou le covoiturage. Un forfait mobilités durables est ouvert aux personnels depuis juillet. A ce jour, aucune information académique n’a été produite pour indiquer un début de procédure. Il est tout de même incroyable que des chefs d’établissement soient obligés de se tourner vers le SGEN-CFDT pour s’informer quand des personnels se manifestent auprès d’eux ! Plus largement, le développement du vélo va poser la question des abris, ou des lieux pour se changer : comment fait-on par exemple au rectorat ?

La Covid19

Si beaucoup d’inquiétudes au moment du déconfinement ont été levées maintenant, l’installation dans la durée de l’épidémie va poser des difficultés qui vont plus relever de l’usure que de l’urgence. On se rend compte que les élèves et les personnels sont relativement bien protégés quand ils portent des masques. Cependant des clusters apparaissent dans le cadre de la cantine et des repas. De même, dans le premier degré, l’absence de masques portés par les élèves crée des conditions de protection plus aléatoires. La multiplication des cas contacts et des contraintes associées désorganise le travail à tous les niveaux, pour les personnels comme pour les élèves : isolement, tests, rattrapage au moment du retour. Et gardons en tête que l’on peut à plusieurs reprise être considéré comme cas contact ! Les équipes gèrent cela pour l’instant avec beaucoup de bonne volonté. L’usure venant, il sera nécessaire de trouver des solutions soutenables à moyen terme.

Le confinement a aussi fait prendre conscience à beaucoup de collègues que pas mal d’outils informatiques (au sens large) étaient sous utilisés.

Et c’est encore largement le cas. Les Etats généraux du numérique, même avec leur déclinaison territoriale, restent bien trop lointains pour les collègues. De même, la méfiance existe, car certains de ces outils peuvent clairement permettre de faire des économies, comme pour la formation hybride : on pourrait les réduire à cela.

Une demande existe de la part des collègues, il ne faut pas juste mollement répercuter les injonctions ministérielles : une véritable dynamique académique doit être mise en place. Le futur ENT normand sera une première étape.

Le télétravail aussi a été découvert au printemps dernier.

Dans la douleur certes, mais de nombreux collègues y ont trouvé in fine un intérêt et ont compris que leurs fonctions s’accordaient en fait avec cette nouvelle modalité. Il ne faut pas que la hiérarchie reste elle sur des positions ante-covid, fondées plus sur la méfiance que sur la confiance. Les personnels sociaux par exemple se voient refuser le télétravail, car on considère qu’ils ne font que recevoir du public. Ces personnels savent maintenant qu’ils peuvent parfaitement faire de nombreuses tâches à distance. Il est temps que les autorités académiques arrêtent de penser qu’elles savent mieux que les personnels quelle est la réalité de leur travail !

L’inclusion des élèves à besoins éducatifs particuliers continue de se faire dans la douleur.

Nous notons avec intérêt la prise en compte de nos remontées avec, en particulier, la mise en place de formations en nombre important pour les enseignants, et la poursuite de celles déjà en place pour les AESH. Le bénéfice de ces formations dépasse largement le handicap et même la gestion des élèves avec des troubles du comportement ou de la conduite. Cependant, le surcroît de travail, parfois important, engendré par les mesures individuelles qui sont prises pour faciliter l’apprentissage des élèves à besoins particuliers, continue à ne pas être pris en compte. De nombreux collègues font remonter l’usure et l’absence de reconnaissance de ce travail qui clairement, pourtant, est supplémentaire.

Enfin, un dossier qui revient régulièrement : celui de la carte des établissements, en particulier celle des collèges.

L’académie perd des élèves et les perspectives ne laissent pas apparaître une amélioration. Jusque-là, à quelques exceptions, les départements ont pris seuls dans leur coin des décisions de fermeture, annoncées en général le plus tard possible pour éviter qu’il n’y ait trop d’agitation. Nous réclamons depuis de nombreuses années que l’Education nationale ait une véritable réflexion interne sur le sujet. Dans la Manche, des projets sont à l’étude. Ils semblent avoir évolué entre avant et après le confinement, mais ils continuent à ignorer les personnels. Le département décide en fonction de ses intérêts, qui ne sont pas toujours ceux des élèves ; l’Education nationale se débrouille ensuite pour gérer les détails techniques et les dégâts éventuels provoqués. Pour éviter cela, il faut que nous, Education nationale, y-compris donc les représentants des personnels, puissions proposer un plan cohérent aux départements.

Nous faisons donc le vœu, Madame la rectrice, qu’enfin nous puissions faire bénéficier les personnels d’un vrai dialogue social. Le dialogue social qui permet de faire évoluer le service public et de faire progresser les conditions de travail. Bref, de faire se sentir les personnels fiers de leur travail. Nous y sommes prêts. Et vous ?

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