Evaluation internationale en Maths : La France lanterne rouge… (ou presque)

Evaluations TIMMSTout le monde en parle : la France obtient de très mauvais résultats en mathématiques lors de l’évaluation internationale TIMMS.

Mais c’est quoi l’enquête TIMMS ?

Cette enquête (Trends in International Mathematics and Science Study = enquête internationale sur les mathématiques et les sciences) est réalisée par une association internationale, l’IEA (International Association for the Evaluation of Education Achievement) qui évalue la réussite la réussite scolaire.

Les données :

Des élèves français scolarisés en CM1 en 2015/2016 ont été évalués en fin d’année scolaire. Les scores obtenus par ces élèves sont nettement en dessous de la moyenne internationale (49 pays testés), et globalement en queue de peloton pour ce qui est de l’Europe (22ème sur 22). Cette enquête a lieu tous les 4 ans, mais c’est la première fois que des élèves français de cette tranche d’âge sont évalués. Les élèves en fin de terminale ont également été testés.

Exemples :

En maths :

France = 488 points Moyenne internationale = 500 Europe = 527

Les résultats sont mauvais partout : en numération (France 484 contre 526 dans l’UE), gestion de données (475 contre 525), géométrie (503 contre 529).

En sciences :

France = 487 points Moyenne internationale = 500 Europe = 525

Les causes :

En 2006, l’enquête PISA, qui évalue les élèves tous les 3 ans, montrait déjà nos faiblesses en maths et en sciences. Elle faisait également apparaître de fortes différences entre les publics testés, directement liées à des inégalités sociales.

Le Ministère de l’éducation de l’époque, celui de Xavier Darcos, a pris en compte ces résultats, mais n’a pas pris les bonnes mesures !

Les programmes 2008 ont mis la charrue avant les bœufs, et cela, dès la maternelle.

A partir d’une logique à priori de bon sens « qui peut le plus peut le moins », on s’est mis à accélérer, en demandant aux enseignants de maternelle d’aller beaucoup plus loin, c'est-à-dire en commençant des apprentissages qu’on abordait auparavant en CP. Par exemple, en demandant de travailler avec des nombres plus grands, jusqu’à 30 (compter des objets, comparer, parfois les écrire). Les jeunes enfants peuvent facilement réciter la « comptine numérique ». C’est par contre beaucoup plus difficile de dénombrer des quantités équivalentes…

A l’école élémentaire, le même décalage s’est opéré. On a demandé aux élèves d’effectuer des soustractions et même des divisions dès le CE1. Or, on peut très bien maîtriser une technique opératoire sans en comprendre le sens…

Ce sont les élèves les plus fragiles qui ont été victimes de cette dérive, et il est fort possible que leur nombre ait augmenté depuis la mise en pratique des programmes 2008…

Il est regrettable qu’il ait fallu attendre 2015 pour éditer des programmes (qui donnent aux enfants du temps pour apprendre …) qui tiennent compte des constats déjà faits en 2006 ! En outre, la manière d’enseigner les mathématiques aurait sans doute mérité à l’époque une remise en question beaucoup plus profonde, notamment la façon dont on abordait la numération dans les classes maternelles et élémentaires…

En 2006, le « Café pédagogique » analysait les mauvais résultats français et s’interrogeait à contrario sur les facteurs de réussite des pays qui étaient en tête aux évaluations PISA (notamment la Finlande) :

« De manière générale, les systèmes qui obtiennent de bons résultats repoussent la différenciation scolaire (ndlr : entendons par là : orientation précoce) au maximum, limitent les redoublements et stabilisent la dépense tout en améliorant l’efficacité du système, pratiquent une grande équité sociale en facilitant l’intégration de tous et ne développent pas l’école privée. »

Il serait donc un peu caricatural d’accuser seulement les « mauvais programmes 2008 ». Au-delà de ça, c’est également la structuration inégalitaire du système scolaire français qui est en cause, parce qu’elle favorise la mise à l’écart des publics les plus fragiles socialement et culturellement.

C’est aussi la question de la formation des enseignants, en particulier celle de la formation continue qui est posée: les stages dignes de ce nom ont quasiment disparu (l’essentiel du budget passant dans le recrutement et la formation initiale). Ils permettent pourtant de prendre plus facilement de la distance avec sa propre pratique et de la “refonder”…