L’Ecole en première ligne

 ensemble

La culture de la sécurité s’impose à l’Ecole

Exercices contre des intrusions dans les écoles, guides à destination des chefs d’établissement/directeurs d’école et des parents, déblocage de fonds pour sécuriser les bâtiments, mobilisation de réservistes devant les établissements, les annonces faites à la fois par la ministre de l’Education nationale et le ministre de l’Intérieur le 29 juillet marquent la fin du « temps de l’insouciance ».

Il est vrai que les derniers attentats en Europe sont souvent l’œuvre d’individus isolés, auto-radicalisés, sans contact direct avec l’Etat islamique, et donc très difficiles à repérer avant leur passage à l’acte. Toutes les cibles sont envisageables, partout. Il suffit d’un symbole (le 14 juillet, l’Eglise) et l’Ecole en est un. Rappelons les appels à attaquer les établissements scolaires prononcés l’année dernière.

Ajoutons qu’il ne faut pas limiter les risques au terrorisme de Daesh, comme le montrent les exemples de Breivik en Norvège en 2011, d’une école suédoise en 2015, ou du Macdo de Munich en juillet dernier.

 

Des outils ?

Le texte ministériel est très court et renvoie à des guides et des infographies. On insiste sur la sécurisation des abords et de l’entrée des établissements, avec pour l’essentiel des mesures déjà existantes (pas d’attroupement, vérification des sacs à l’entrée …). La vigilance lors des sorties scolaires est encouragée. La coopération entre les services de sécurité et les autorités de l’Education nationale est renforcée, ainsi que la formation des cadres.

Des exercices pour les personnels et les élèves seront obligatoires, ainsi qu’une formation aux premiers secours qui va se généraliser pour tous les élèves (ce n’est pas la première annonce de ce type cependant).

En cas d’attaque terroriste, il existe des guides pour les familles, d’autres pour les chefs d’établissement. Rien à priori pour l’ensemble des personnels et les élèves. Que va-t-on donc tester lors de l’exercice de prévention ? Il faut en fait aller voir dans un des guides pour les chefs d’établissements pour trouver des conseils pertinents.

 

L’Ecole en première ligne dans le combat pour le vivre ensemble

A plus long terme, l’Ecole jouera un rôle essentiel. Le « débat » estival sur burkini, puis sur le voile, a montré avec quelle facilité les terroristes de l’Etat islamique manipulent une partie de nos concitoyens. Les attentats ont brouillé les valeurs de notre République ; beaucoup associent attentats et musulmans, laïcité et refus de l’Islam. Stigmatiser les musulmans, c’est pourtant faire le jeu des terroristes qui ne supportent pas l’existence de sociétés tolérantes, où chacun accepte à ses côtés la présence d’un Autre différent. C’est ce que vient de le rappeler l’ONU, déclaration qui fait suite à l’effarement de la presse étrangère depuis un mois face à la situation en France.

Nous devons aussi lutter contre une dérive plus insidieuse, qui touche l’enseignement de l’Histoire. Ainsi le thème récent des « racines chrétiennes de la France » gagne du terrain dans le discours politique. C’est un concept qui n’a rien d’historique mais tout d’un slogan de repli identitaire. Il a trouvé une illustration caricaturale quand, à la suite des attentats de Nice, Nicolas Sarkozy a ostensiblement assisté à une messe catholique (et à aucune autre cérémonie religieuse), alors que la religion des victimes n’avait rien à voir avec l’attentat qui a fait 86 morts, aussi bien musulmans que chrétiens ou athées. Comment cela se traduirait-il dans les programmes en cas de retour de la droite au pouvoir ? On referait commencer l’histoire de France avec le baptême de Clovis ?

Un autre exemple est celui de l’utilisation de la vieille (fausse) rengaine de « l’abandon de l’enseignement de notre histoire de France », pour imposer dans les programmes une reconstruction de l’Histoire, pour lui donner « un sens et une signification dans l’édification progressive de la civilisation singulière de la France » (discours de François Fillon). Il ne s’agirait donc plus de former des citoyens capables d’esprit critique, mais juste d’imposer une vision quasi religieuse d’un peuple élu cheminant vers un présent prédestiné ?

Face à l’emballement médiatique, face aux choix démagogiques que font certains responsables politiques, le rôle des institutions est de réaffirmer le droit et nos valeurs, comme l’a fait le Conseil d’Etat sur le burkini. L’Ecole doit de même rester le garant de la formation de citoyens capables de faire vivre les valeurs de la République.

Olivier Buon