Pisa, Trump et Ferry (dans le désordre)

ferryIl est parfois intéressant de partir un peu à l’aventure dans l’actualité. Cela permet d’établir quelques liens qui ne sont pas toujours évidents à première vue.

Ainsi, la dernière enquête PISA (2015) vient de sortir. En France, globalement, la situation semble s’être stabilisée, c’est-à-dire qu’elle ne se dégrade plus, c’est déjà un progrès à priori !

Pourtant, il suffit de lire les quelques analyses menées à chaud pour se rendre compte qu’au contraire, il est malvenu de se réjouire. Notre système scolaire est de plus en plus marqué par les inégalités de réussite scolaire. “La France apparait donc comme le pays des inégalités avec un système éducatif qui éclate en deux pôles qui augmentent chacun aux deux extrêmes” écrit le Café pédagogique.

Et ces deux pôles sont fortement corrélés à l’origine sociale. Ainsi, en fonction de la réussite scolaire des parents ou de leur lieu de naissance, on peut prévoir avec une bonne certitude les résultats scolaires d’un nouveau-né !  La France est championne du monde dans cette “catégorie” (en tous cas des 72 pays testés).

On est totalement à l’inverse de la promesse républicaine.

Les élèves français qui ont participé à cette enquête appartiennent à une génération qui a subi les effets de 10 ans d’une politique qui, entre 2002 et 2012, et en particulier sous l’autorité de Nicolas Sarkozy et de François Fillon, a  piloté l'éducation par les restrictions budgétaires et une idéologie réactionnaire :

- les programmes de 2008 entre le CE2 et le CM2 fondés sur une idéologie rétrograde ;

- semaine de 4 jours à l’école quatre et six heures par jour à un rythme inadapté aux apprentissages ;

- élèves de plus en plus nombreux dans leurs classes au fur et à mesure de leur scolarité, puisque 80 000 postes d'enseignants ont été supprimés entre 2007 et 2012. (voir le communiqué de presse de la fédération SGEN).

Des résultats qui sont le fruit d’une politique scolaire au service d’une seule moitié de la population

Une autre info est à mettre en relation avec cela : l’analyse des votes en Autriche lors de la présidentielle du week-end dernier (voir ici dans Le Monde). Parmi d’autres, la différence de niveau d’étude est un marqueur fort du vote. Les moins diplômés sont plus enclins à voter pour l’extrême-droite. On retrouve des chiffres qui vont dans le même sens pour l’élection de Trump aux Etats-Unis (voir ici) et pour le Brexit.

Bien évidemment, le niveau de diplôme n’est pas la seule explication de la montée du vote populiste. Cependant l’Ecole a un rôle essentiel à jouer dans le maintien de la démocratie dans nos sociétés. Les gouvernants des débuts de la IIIème République l’avaient bien compris, quand ils ont imposé l’école obligatoire, gratuite et laïque dès les années 1880 : des citoyens conscients de leur intérêt et responsables sont des citoyens éduqués.

Si la France veut échapper aux tentations des extrêmes, elle doit offrir un avenir à ses enfants et ne pas en rejeter une partie, les “mauvais élèves”.

Le sentiment d’exclusion sociale commence à l’école et se poursuit quand ses propres enfants n’ont pas les mêmes chances que d’autres. La politique proposée par la droite aujourd’hui dans son programme scolaire (suppressions de postes, orientation précoce, rejet de la réflexion pédagogique, stigmatisation de l’élève en difficultés) met en danger, à terme, l’assise sociale de notre démocratie.