Réforme du lycée professionnel : le point sur la situation

Avec la campagne des élections professionnelles, la réforme du lycée professionnel a provoqué une forme de surenchère électoraliste, avec des discours très anxiogènes et même des rumeurs inexactes. Cette réforme contient bien entendu de nombreux points inquiétants : c’est bien pour cela qu’une information objective est nécessaire pour en prendre en compte la réelle mesure. A quelques jours des annonces concernant les DHG, le SGEN-CFDT Basse-Normandie revient sur les principaux points et vous aide à démêler les vraies informations des fausses pour mieux comprendre les enjeux.

La filière GA va-t-elle « disparaître » ?

Faux, c’est un abus de langage : la filière GA existera encore après la réforme.

Ce qui est vrai : les places vont être réduites de moitié, donc elle est sérieusement amputée. La filière Gestion-Administration va voir ses référentiels évoluer et la suppression de 1500 postes ETP (dont 1000 départs à la retraite selon le ministère). Elle s’intégrera en Seconde à la famille GA logistique transport : certes, comme toute autre spécialité avant le choix définitif des élèves pour la première, mais ce choix très composite peut interroger. Les lycées tentent de donner une « coloration » (une spécialisation) à leurs filières GA pour les préserver.

S’il ne conteste pas la nécessité de réformer la filière (liée aussi au fait qu’on a déjà bien malmené les anciennes filières secrétariat et comptabilité), le SGEN Basse-Normandie s’inquiète vivement de la méthode radicale et du sort des collègues concernés. Nous serons vigilants pour que des solutions viables et humaines soient proposées.

La réforme est-elle destinée à « supprimer des postes » ?

Officiellement, c’est faux. La réforme a pour but premier d’alléger le nombre d’heures élèves, qui génère des emplois du temps souvent lourds d’environ 35 h. La baisse des heures profs serait plutôt une conséquence.

Elle est moins importante que souvent décrite : les grilles diffusées prennent rarement en compte l’augmentation forte des dédoublements/semaine. Ils seront déterminées par le calcul (nombre d’élève/2O) x 13,5 dans le cas d’une division à plus de 15 élèves en production et (nombre d’élèves/ 24) x 13,5 à plus de 18 élèves en services. L’augmentation à 13,5 du coefficient multiplicateur pour les dédoublements, prévu initialement à 11,5, puis à 12,5, a été négociée notamment par le SGEN, qui souhaite monter à 14 pour éviter les suppressions de postes. Ce qui est certain, c’est que sans ces avancées obtenues par la négociation, la situation serait beaucoup plus inquiétante !

Ce qui est vrai : tout dépend de la manière dont seront réparties les heures complémentaires ou l’AP car certaines matières sont plus touchées que d’autres par la baisse des heures disciplinaires. De plus, nous ne sommes pas naïfs : il est difficile de faire confiance au gouvernement actuel et de croire en sa bonne volonté. (voir point suivant).

Les grilles de bac pro diffusées par les syndicats sont-elles correctes ?

Ce qui est parfois faux : les grilles proposées au CSE en octobre et disponibles sur Eduscol ne sont plus les mêmes que celles indiquées dans la plaquette diffusée par le ministère en avril, suite aux négociations auxquelles le SGEN a participé. Le ministère est revenu sur la baisse des volumes disciplinaires de sciences et de langue vivante B en transférant des heures prévues pour l’accompagnement, passant pour ces deux matières de 97 h à 126 h sur les 3 ans, sans compter les dédoublements.

De plus, les comparaisons avant/après sont souvent faites par rapport à la grille production actuelle, et non la grille services, ce qui change tout pour certaines disciplines, masquant qu’en tertiaire les heures élèves augmentent en services en matières professionnelles (en comptant la co-intervention) ou en maths-sciences.

En CAP, où il s’agit surtout d’un redéploiement des moyens, tout dépendra de la répartition des heures d’AP.

Ce qui est vrai : la baisse de certains volumes disciplinaires n'est clairement pas suffisamment compensée : la situation reste très inquiétante en lettres-histoire et en langues, dans un contexte de suppressions de postes dans le second degré, ainsi que pour la culture générale de nos élèves.

Enfin, la CFDT a-t-elle voté « pour » la réforme du LP ?

Faux. Le SGEN n’approuve pas en l’état la réforme et s’est abstenu sur les grilles de bac pro au CSE, qui certes contenaient des améliorations claires négociées par les syndicats réformistes, mais encore insuffisantes pour préserver les postes : nous demandons notamment davantage d’heures complémentaires et nous réclamons des solutions  pour les collègues de GA en danger… Notre fédération de l’enseignement privé (FEP-CFDT) a de son côté voté contre.

La baisse vertigineuse des postes aux concours annoncée dans ces matières n’est pas faite pour nous rassurer. Il est difficile de penser qu’après les concessions faites aux « gilets jaunes », cette réforme sera menée de façon bienveillante, le gouvernement ayant besoin de trouver de l’argent public. Le renouvellement du gel du point d’indice pour 2019 est un premier signe. Avec les DHG, nous allons pouvoir comprendre les vraies conséquences de cette réforme, la violence éventuelle de son impact, sans fantasmes, avec réalisme.

Mise à jour 20/12/2018 : les grilles horaires de CAP et de baccalauréat professionnel viennent d'être publiées au J.O.

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