Réforme du collège : annonces et grandes manoeuvres

 

iperice001p1Une bonne réforme dans ses intentions

A lire le discours introductif de la ministre, au début du livret qui présente sa réforme, il est difficile pour un militant du SGEN de ne pas être d’accord. Pour résumer, le système actuel ne répond pas aux impératifs qu’il se donne : assurer la réussite du plus grand nombre et donc lutter contre le déterminisme social ; transmettre et faire partager les valeurs de la République.

Le bilan, si le document ministériel force tout de même le trait, est difficile à contester : tri des élèves, peu d’accompagnement individuel, en particulier pour lutter contre le décrochage, de nombreux élèves qui s’ennuient et un décalage qui grandit entre ce qui est enseigné et ce dont les futurs adultes auront besoin. Pour les parents, le collège est anxiogène, pour les enseignants, il est professionnellement frustrant.

La démarche est nouvelle et intéressante. Elle correspond aux demandes du SGEN : partir de  ce qui marche sur le terrain, faire confiance aux enseignants d’une part. D’autre part, le ministère affiche une réforme globale, voulant changer à la fois les contenus (clairement fondés sur le Socle commun), les pratiques, l’organisation de l’établissement et le fonctionnement quotidien. Une consultation, avec toutes les réserves que l’on peut avoir sur ses effets mesurables, est prévue.

Les principales mesures

Les mesures annoncées (un résumé ici) n’ont rien d’excessivement innovant. D’une part, la méthode du ministère est de partir d’expériences de terrain. D’autre part, la réforme du collège était nécessaire depuis longtemps : les mesures avaient déjà été avancées depuis longtemps.

Il est toutefois remarquable qu’il ne s’agisse pas d’un catalogue, mais d’une présentation qui se fait dans la cohérence d’une réforme globale, comme annoncé.

Le Socle est présenté comme la matrice des programmes, avec trois matières renforcées qui sont mises en avant : le Français, les Maths et l’Histoire (pas tellement la Géographie). Les nouvelles pratiques pédagogiques sont suscitées à travers les EPI (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires) de la 5ème à la 3ème, qui rappellent beaucoup les IDD.

Les spécificités individuelles des élèves seront prises en compte par un accompagnement personnalisé important, surtout en 6ème (3h par semaine), couplé avec un conseil école-collège renforcé. Un temps d’apprentissage en groupes sera à mettre en place. La mise en place de ces mesures sera largement laissée à l’autonomie des équipes : 20% du temps scolaire décidé en Conseil pédagogique, choix des cours à effectifs réduits, autonomie plus forte au sein des programmes. Une formation d’accompagnement est annoncée pour les personnels, et les IMP sont rappelées pour les coordinateurs de disciplines.

De nouvelles compétences pour les élèves sont mises en avant : le travail en équipe, l’expression orale, les langues vivantes étrangères et les compétences numériques (langage informatique, culture numérique …).

Enfin, chose importante, l’élève est mis au centre du collège : des emplois du temps construits autour des adolescents, avec une pause méridienne d’une heure et demie, la mise en place d’une vie démocratique collégienne (Conseil de la vie collégienne, un média d’établissement obligatoire). Des mesures sont prises pour intégrer les parents et, démarche intéressante, au moins dans son principe, une mesure du climat scolaire sera systématisée.

Calendrier

La consultation auprès des personnels sera faite du 8 avril au 22 mai 2015.

La réforme entrera en application à la rentrée 2016.

Faut-il pavoiser ou sonner la mobilisation générale ?

Il est encore un peu tôt pour l’un ou pour l’autre !

D’une part, si la présentation est plutôt intéressante, on a en fait très peu d’informations précises. Ainsi, pour une mesure largement reprise dans les médias qui est de commencer la seconde langue vivante en 5ème au lieu de la 4ème, on ne sait pas encore si les horaires resteront de 3 heures en 4ème et 3ème, ou s’ils passeront à 2 heures. Dans le second cas, l’intérêt de la mesure est non seulement nul mais même contreproductif.

Il faudra expliquer aussi aux équipes comment s’approprier un dispositif comme les EPI alors que son grand frère, les IDD a été largement rejeté au point de ne quasiment plus exister alors qu’il est officiellement toujours obligatoire ?

Très peu de moyens sont annoncés ; 4000 postes sont avancés, mais on ne sait pas réellement pour quoi. De plus, pour plus de 7000 collèges en France, qui plus est en progression démographique (sauf en Basse-Normandie !), cela paraît peu alléchant.

Autre inquiétude : si l’autonomie des équipes est constamment répétée, aucun moyen particulier n’est annoncé pour les temps de réunion qui vont être indispensables.

Beaucoup d’autres questions se posent.

Il est normal que pour des annonces, qui plus est précédant une consultation, il n’y ait pas beaucoup de précisions. Il faut évidemment poser des questions, relever les points qui risquent de bloquer. C’est un des rôles des organisations syndicales. Cependant, il est trop tôt pour se lancer dans des discours et pétitions qui déjà annoncent la mort de tel ou tel enseignement voire les procès d’intention ou les complots prêtés au gouvernement.

De nombreuses critiques ou remarques sont émises un peu partout, sur les blogs, dans les journaux, dans les forums ou ailleurs encore. Certaines sont purement corporatistes ou politiques avant d’être objectives. Beaucoup sont intéressantes.

Deux écueils s’annoncent. D’une part, le ministère peut ignorer purement et simplement les critiques et les inquiétudes et passer en force. D’autre part, et cela peut aller avec, certaines organisations syndicales grossissent tous les aspects négatifs, réels ou supposés, et réussissent à inquiéter suffisamment les collègues pour leur faire rejeter la réforme en bloc.

Dans les deux cas, comme le premier Socle commun ou les IDD, ce texte irait alors rejoindre le cimetière des réformes non, ou si peu, appliquées. La bonne démarche est évidemment dans le consensus et dans la bonne foi. C’est peut-être « naïf », mais sans cela, le collège continuera dans ses travers, aux dépens des élèves et des personnels …