Et le collectif, b… !

Depuis deux années que le PPCR se met en place, un certain nombre de critiques ont été faites.

Certaines sont fondées, d’autres relèvent d’une stratégie syndicale anxiogène pour pouvoir récolter des voix aux prochaines élections (voir ici).

Un problème cependant ne se classe ni dans l’une, ni dans l’autre catégorie. Pour certains collègues, les plus reconnus dans l’ancien système, qui pouvaient espérer passer au grand choix les échelons, ou à la hors-classe dès le 9ème échelon, le système issu du PPCR est désavantageux. Et cela nous est parfois reproché, ce qui peut paraître légitime.

Le SGEN-CFDT, comme d’autres syndicats qui ont signé le protocole PPCR, a-t-il trahi la confiance des collègues ?

En fait, le sujet principal ici est la différence d’approche qui peut exister entre une vision personnelle et une vision collective.

La vision personnelle est simple et se résume à : “est-ce que ce nouveau système m’est favorable ou pas ?”. Dans la majorité des cas, la réponse est oui, mais dans certaines situations, c’est l’inverse. Ainsi certains collègues, bien notés depuis longtemps, pouvaient espérer arriver rapidement au 10ème échelon puis à la hors-classe l’année suivante, et ont vu leur progression retardée d’un an ou deux. D’autres progressaient à l’ancienneté depuis longtemps et, à la suite d’une inspection récente, avaient vu leur note augmenter de façon importante ; enfin le passage au grand choix se profilait mais le PPCR fait maintenant que tout le monde passe au même rythme ! Ce ne sont que deux exemples parmi de nombreuses histoires individuelles.

Le mécontentement des collègues concernés est légitime. Pour autant, le choix du SGEN-CFDT de défendre le nouveau système est-il une erreur ?

Non, car la vision collective est positive. L’ancien système était injuste. Certes des collègues très engagés pouvaient être reconnus par de fortes notes pédagogiques, les seules qui comptaient vraiment, et progressaient au grand choix. D’autres, tout aussi engagés, ne l’étaient cependant pas du tout. Pourquoi ? Parce qu’en fait l’organisation de l’évaluation faisait que c’était plus la discipline d’enseignement ou l’établissement d’exercice qui primaient qu’un éventuel mérite. Nous l’avons constamment démontré lors de nos analyses des promotions d’échelon et de passage à la hors-classe (voir ici et ici en 2015-2016, ici et ici en 2014-2015 par exemple). Ainsi en 2014, un collègue d’anglais avait vingt fois plus de chances d’être promu au grand choix qu’un collègue d’espagnol ! La hors-classe dépendait surtout de l’établissement, certains chefs mettant “très favorable” à tous leurs personnels, et d’autre systématiquement “sans opposition”. Il faut dire à leur décharge qu’aucune règle générale n’avait été édictée, mais ces avis étaient décisifs sur la promotion.

Par ailleurs, combien de fois avons-nous retrouvé un collègue en pleurs dans la salle des profs après une inspection ?

La seule solution viable est de différencier l’avancement de l’évaluation d’une part, donc d’avoir un avancement identique pour tous, et d’autre part de reconnaître l’investissement d’une autre manière : un grade fonctionnel (la classe exceptionnelle), des possibilités de mutation facilitées par exemple. Une partie a été obtenue par la création de la classe exceptionnelle, accessible en priorité aux collègues qui ont exercé certaines fonctions.

Et le choix est simple car un syndicat défend une approche collective. Toute modification amène des perdants et des gagnants, mais le choix de l’organisation syndicale se fait se fait en regardant l’ensemble des avancées, y-compris par rapport à ses valeurs. Ici, l’équité mieux respectée et l’augmentation des revenus pour tous étaient les arguments principaux.

Et à terme, même ceux qui temporairement progressent moins qu’ils ne pouvaient l’espérer vont sans doute à terme y gagner. En effet, au lieu de terminer leur carrière, certes plus rapidement, au dernier échelon de la hors-classe, ils peuvent raisonnablement espérer prendre leur retraite avec un indice bien supérieur grâce à la classe exceptionnelle qui n’existait pas avant.Un gain de presque 900 euros par mois en salaire brut !